Pourquoi Saint-Exupéry dans le journal de la vallée de la Maurienne ? La réponse : je suis mauriennais, habitant la Sardaigne, historiquement savoyarde. Le MASE (Museo Antoine de Saint-Exupéry) est situé non loin de chez moi. Mais surtout, parce que les missions de reconnaissance aériennes des derniers jours de l’auteur pilote l’ont très vraisemblablement conduit à survoler notre vallée. En effet, il devait observer la zone Grenoble Chambéry Annecy, avec un retour envisagé par Gênes. Durant ce temps, il n’a pourtant pas cessé d’écrire, de lire et de mener une vie sociale. C’est l’objet de ce deuxième volet.
L’aviateur.
Né le 29 juin 1900 à Lyon, le jeune Antoine reçoit son baptême de l’air en 1912 à Ambérieu. En 1921, il obtient son brevet de pilote de transports publics et est nommé à Casablanca. Il effectue son service militaire à l’aéroport du Bourget. De 1926 à 1927, il travaille pour l’Aéropostale, au Maroc, en Amérique du Sud en 1929 et 1930 pour l’Aeroposta argentina, puis à Dakar.
En 1934, il tente le raid Paris-Saïgon, qui se soldera par un crash en Lybie. Il subit un autre accident en 1938 à Guatemala City. Il intègre le groupe de reconnaissance II/33 dès l’entrée en guerre en 1939. Un an plus tard, il est mitraillé au cours d’un vol au-dessus d’Arras, ce qui lui vaut la croix de guerre. Il réintègrera ce groupe en 1943, ainsi que je l’ai rapporté dans le premier volet de la présente chronique.
Le moins que l’on peut dire, c’est que Saint-Exupéry fut un pilote chanceux si l’on considère les accidents qui ont émaillé sa carrière. En janvier 1923, au Bourget, une faute de pilotage met son avion en vrille au décollage et l’envoie au sol. Il s’en tire avec une fracture du crâne. À la sortie de l’hôpital, il est interdit de vol avec 15 jours d’arrêt simple. En 1931, il manque de se noyer dans la baie de Saint-Raphaël lors d’essais d’hydravions. En 1934, son avion s’écrase dans le désert de Lybie. À Guatemala City, en 1938, c’est un nouvel accident, qui se solde par 8 fractures au bras droit. La série se terminera en novembre 1943, où, à la suite d’un atterrissage trop long, il sera suspendu de vol. Las, la chance cessera de l’accompagner le 31 juillet 1944 au large de Marseille. Que dire de l’homme ? Sa biographie étant partout largement documentée, je ne peux que rappeler deux femmes qui ont compté pour lui : Louise de Vilmorin, avec laquelle leurs fiançailles avec furent rompues, et Consuelo Suncin, qu’il épousa en 1931. Il noua des amitiés fortes avec certains camarades de l’aviation : Mermoz, Guillaumet et Didier Daurat pour, les plus connus. En 1944, il retrouve son ami, le général Guillaume Jean Max Chassin (son premier instructeur de vol à Brest). Il renouera également avec le capitaine André Gavolle, commandant le II/33. Il se liera d’amitié avec John Phillips, reporter du journal Life qui intercéda auprès des autorités militaires pour sa réintégration en tant que pilote après sa suspension en 1943. Jean Leleu fut également un proche durant cette période.
Il semble que la vie à Porto Conte (au milieu de nulle part, confiera un des pilotes) fut plutôt heureuse. Entre les missions, c’était baignade dans les eaux de la baie des Nymphes, pêche à la dynamite et soirées avec ses camarades. Le 28 mai, Saint-Ex organise un barbecue géant en l’honneur de son ami Phillips, où 10 agneaux furent rôtis. On dansa sur les tables.
L’écrivain
Dois-je rappeler que la plupart des écrits de Saint-Exupéry sont en relation intime avec ses expériences de pilote ? Vol de nuit, c’est l’Aéropostale, Terre des hommes, le raid vers la Terre de Feu, Pilote de guerre, le vol sur Arras. En 1943-1944, il est en Afrique du Nord et en Sardaigne pour le succès aux USA du Petit Prince, issu de son accident en Lybie, succès dont il ne connaîtra jamais le retentissement planétaire.
À Porto Conte, après sa disparition, on retrouvera 900 feuillets de Citadelle, une compilation de textes à laquelle il aura travaillé durant cette période et qui ne sera publiée qu’en 1949.
À Borgo, pour son ami Phillips, la veille de sa mort, il écrira « la lettre aux Américains » qu’il conclut ainsi :
« Si je suis tué en guerre, je m’en moque bien. Ou si je subis une crise de rage de ces sortes de torpilles volantes qui n’ont plus rien à voir avec le vol et font du pilote parmi ses boutons et ses cadrans une sorte de chef comptable (le vol aussi c’est un certain ordre de liens).
Mais si je rentre vivant de ce « job nécessaire et ingrat », il ne se posera pour moi qu’un problème : que peut-on, que faut-il dire aux hommes ? »
Source : MASE – Museo Antoine De Saint-Exupéry
Via Porto Conte, 07041 Maristella SS - Italia
https://idese.cultura.gov.it/place/museo-di-antoine-de-saint-exupery-mase-alghero/

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